La pensée du moment

La culture, c'est comme la confiture : c'est pour les cochons [Julie]

Titanic en 5 sec!

lundi 16 avril 2007

Ah ben, c'est le luxe! Après un si long silence, voilà-t-y pas 2 messages dans la même journée (la même heure même!)?! Mais bon, 2 nouvelles chansons de Patu, fallait pas que je reste à la traine carmen!
Alors voilà, ci-dessous le petit texte d'une autre vie dont je vous avez parlé dans un message précédent (comme si y en avaient qui suivaient...)



Tous les matins au boulot je croise un petit gars au regard pétillant, toujours souriant. Il pose sa fourche, enlève son gros gant jaune et me tend sa main, accompagnée d’un invariable « Ca va, oui ? ». C’est un arabe, il doit avoir une bonne cinquantaine d’années et j’ai l’impression qu’il est toujours de bonne humeur, plein de vie ; il supporte avec bonhomie les blagues racistes de ses camarades. Bien sûr, c’est pour rire qu’ils l’appellent « Mouloud » ou qu’ils le traitent de « sale arabe » mais tous les jours, depuis tant d’années, la blague est usée, non ? Ca en devient louche… Et lui, avec dignité pas une seule fois il ne s’énerve, toujours souriant, il ne prend pas la peine de répondre.

Quand je dis ne jamais l’avoir vu que de bonne humeur, c’est faux ; en y réfléchissant maintenant, je me souviens l’avoir une fois vu en colère. C’était après l'un de ses camarades qui avait mal fait son boulot. Et même là, alors qu’il criait, pas content, on avait vraiment l’impression qu’il faisait ça parce qu’il fallait le faire pour manifester son mécontentement mais sans vraiment de conviction. Ca a cessé tout d’un coup et il est reparti, son sempiternel sourire aux lèvres.

Je n’ai jamais discuté avec lui en dehors de ce traditionnel salut matinal auquel je réponds mécaniquement « bien et vous ? », je m’efforce de lui sourire du mieux que je peux et puis je file, sans même entendre sa réponse. Je ne connaissais même pas son nom jusqu’à ce matin. Alors qu’on échangeait, une fois de plus nos deux banales phrases, un autre de ses collègues est arrivé en s’écriant : « Voilà le plus heureux des hommes : Benji ! ». Et lui, les mains appuyées sur sa fourche, le sourire plus lumineux que jamais, les yeux à peine plus brillants qu'à l'accoutumée il a dit : « oui. ». Ce tout petit mot, tout simple. Mais il y avait une telle conviction, une telle évidence calme dans ce tout petit mot que rien qu’à y repenser, là, les larmes me viennent aux yeux.

Ce type, qui se lève tous les matins à quatre heures pour aller remuer de la merde de vache sous les quolibets racistes de ses camarades est vraiment le plus heureux des hommes ; comment en douter lorsque l'on a entendu comme moi ce « oui » qui resonnera encore longtemps à mes oreilles ?

Il y a un secret et je n’ai pas osé le lui demander. A quoi bon après tout ? Ce mystère est tellement beau, pourquoi le déflorer?

Demain matin, lorsque je le croiserai, je répondrai à la même question par la même phrase, même sourire.

Mais quelque chose aura changé.

Il y a un espoir.

« oui. ».

3 commentaires:

Anonyme a dit…

il me rappelle quelqu'un ce Benji-Mouloud...ah oui!!!
Hassan Ceheff!
Si c'est possible.

Anonyme a dit…

Mais dites moi, il s'affine sacrément ce blog!
Truffé de petites phrases aphorisisantes à droite à gauche en haut en bas (on dirait une chanson)...ces soirées-là!

Anonyme a dit…

Pensée du philosophe chinois Chang Ying Yue


Celui qui, tout au long de la journée,
Est actif comme une abeille,
Est fort comme un taureau,
Bosse comme un cheval,
Et qui le soir venu est crevé comme un chien,
Devrait consulter un vétérinaire, il est fort probable que ce soit un âne !